jeudi, juin 29, 2006

Déclaration de femmes acadiennes

Conférence de presse il y a une heure, digirée par Michèle L. Caron, professeure à la faculté de droit de l'Université de Moncton et en présence de plusieurs femmes acadiennes syndicalistes, impliquées sociales et autres, afin de présenter la déclaration suivante :

CONTEXTE

En 1988, la Cour suprême du Canada décriminalisait l'avortement.

Au Nouveau-Brunswick, depuis 2003, un seul établissement de santé public, l'Hôpital Chalmers de Fredericton fournissait le service d'avortement. Pour obtenir ce service, les femmes devaient non seulement obtenir l'approbation d'un comité de médecins mais elles devaient assumer les frais supplémentaires, étaient éloignées de leurs proches ce qui s'avérait particulièrement pénible pour les Acadiennes et francophones qui étaient privées de ce service de santé essentiel dans leur langue.

En mai dernier à la suite de l'annonce de la fermeture de ce service à l'Hôpital de Fredericton, le gouvernement provincial, en conformité avec les exigences du régime de financement de l'assurance-maladie annonçait que deux hôpitaux de la province prendraient la relève pour assurer ce service médicalement nécessaire. Il aura suffit d'une rumeur selon laquelle l'Hôpital Georges-L.-Dumont de Moncton serait un de ces centres hospitaliers pour aiguillonner les forces anti-choix et une démagogie qui n'a pas hésité à agiter le spectre du génocide acadien.

DÉCLARATION

Nous, femmes acadiennes et francophones du Nouveau-Brunswick considérons que les obstacles à un service d'avortement libre et gratuit dressés par le gouvernement, les directions des hôpitaux ou les membres de la profession médicale représentent une entrave à notre droit à la liberté, à notre autonomie décisionnelle personnelle ainsi qu'une atteinte à notre personne physique et psychologique.

Comme le notait en 2003, un rapport de recherche sur l'accès aux services d'avortement au Canada (Sauvegarde du droit à l’avortement au Canada, Association canadienne pour le droit à l’avortement), il n’y a pas d’autres actes médicaux au pays qui s’exposent à une telle ingérence et que sont obligées de négocier les femmes ayant besoin d’un traitement médical.

En raison du caractère personnel de l'avortement, la plupart des femmes qui sont aux prises avec la décision de mettre fin à une grossesse, n'ont pas la force d'intenter des poursuites judiciaires pour la reconnaissance de leurs droits et de prendre publiquement la parole pour dénoncer et combattre ces injustices.

Nous, femmes acadiennes et francophones du Nouveau-Brunswick déclarons publiquement notre solidarité avec ces femmes et dénonçons les propos qui tentent de les culpabiliser, de les dénigrer et qui font peser sur elles l'opprobre social. Nous affirmons avec fierté notre droit de choisir et de décider pour nous-mêmes de poursuivre ou non une grossesse.

À l'instar du Conseil consultatif sur la situation des femmes du Nouveau-Brunswick, nous demandons au gouvernement provincial de faire en sorte que les femmes de toutes les régions de la province aient accès à des services d’avortement dans leur langue sans l’approbation de deux médecins et que les omnipraticiens et non pas seulement des spécialistes, puissent pratiquer des avortements.

Nous exhortons le Collège des médecins et chirurgiens du Nouveau-Brunswick à adopter une politique de tolérance zéro à l'égard de ses membres qui font obstacle à l’obtention de services d’avortement par les femmes et nous incitons les dirigeants des églises à respecter le droit des femmes à l'égalité et à la liberté de conscience.

Les obstacles à l'accès aux services d'avortement constituent, tout comme la criminalisation de l'avortement, une tentative de contrôler les femmes et notre capacité de reproduction. Comme le disait la juge Wilson de la Cour suprême du Canada en 1988 : «Elle (la femme) est littéralement traitée comme un moyen, un moyen pour une fin qu'elle ne désire pas et qu'elle ne contrôle pas. Elle subit une décision prise par d'autres sur l'éventuelle utilisation de son corps pour alimenter une nouvelle vie. Que peut-il y avoir de moins compatible avec la dignité humaine et le respect de soi?».


169 signatures de femmes, dont la mienne.

Vous pourrez probablement entendre un petit commentaire de ma part à la radio de Radio-Canada ce midi à l'émission "À la une".

Mise à jour : la nouvelle de la radio de Radio-Canada avec l'extrait radio. (Merci à JF)

5 commentaires:

The JF a dit...

Bravo! :D J'appuie totalement cette déclaration!

Anonyme a dit...

C'est un manifeste non?

MaZe a dit...

ben, il me semble... En tout cas, c'est proche si c'en est pas un.

The JF a dit...

http://www.radio-canada.ca/regions/atlantique/2006/06/29/005-NB-declaration.shtml?ref=rss

Anonyme a dit...

Bravo pour cette prise de position, Julie. Et oui, je t'ai entendu aux nouvelles à Radio-Canne lorsque j'étais poigné dans le trafic de l'heure de pointe, en route vers mon dentiste... :)